Au-delà du cercle familial, les jeunes sont surtout entourés très tôt, parfois par des agents plus attirés par le gain à court terme qu’intéressés par la construction d’une carrière saine. « Maintenant, n’importe quel gamin a un agent à 12 ans, confirme Christian Gourcuff. Avant ça n’existait pas. La discussion se faisait directement avec les parents. » Il y a les agents affiliés à la FFF, puis il y a les autres, plus obscurs, qui baignent dans l’illégalité. « On les qualifie d’usurpateurs et d’imposteurs, s’emporte Stéphane Canard, président du syndicat des agents français (UASF). Pour travailler comme agent en France, vous êtes obligés d’avoir une licence. Or il y a une recrudescence de ces gens qui travaillent sans. » Des intermédiaires, pas forcément snobés par les clubs, qui pousseraient parfois les jeunes à partir à l’étranger. « S’ils veulent travailler en France, ils ne peuvent pas facturer, ni encaisser d’argent. La seule possibilité qu’ils ont de pouvoir toucher de l’argent, c’est d’envoyer les garçons à l’étranger, avance Stéphane Canard. Parce qu’à l’étranger, ils vont pouvoir obtenir plus facilement une licence, ou une licence d’intermédiaire. » Une question de facilité et des raisons financières assumées par un agent affilié à la FFF : « Je ne vous cache pas que les agents sont plus facilement commissionnés à l’étranger, notamment sur des joueurs mineurs alors que c’est totalement interdit. »
Le meilleur exemple récent est sans doute celui de Pape Gueye. Si le milieu de terrain de 21 piges s’est engagé à l’OM début juillet, il avait d’abord traversé la Manche pour signer à Watford au printemps. Avant de comprendre qu’il s’était fait entuber par son conseiller. « Aujourd’hui, Pape Gueye dénonce son contrat avec Bakary Sanogo, un intermédiaire malien qui sévit sur le marché français, explique Stéphane Canard, qui juge cette affaire comme symbolique. Sauf qu’il n’a pas de contrat puisque Bakary Sanogo n’a pas de licence française. Il l’a emmené à Watford, lui a fait passer une visite médicale en dehors de la réglementation. Le garçon se retourne contre lui, prend un avocat, et signe à Marseille. » Alors, comment expliquer l’emprise de ces intermédiaires ? Pour l’économiste Jean-François Brocard, il faut s’intéresser au profil socio-démographique des jeunes formés en France. « Il y a beaucoup de jeunes de cités, assure-t-il. C’est peut-être un cliché, mais ce n’est pas souvent ceux qui sont les mieux conseillés. Je pense que la qualité de l’entourage justifie parfois les échecs des clubs formateurs à faire signer leurs joueurs en interne. »

Sofoot

Abdoulaye DIAGNE
juillet 14, 2020

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